Le Chthulucène

[…]devant une assemblée de chercheurs intéressés par Gaïa, lorsqu’on lui demande si elle a encore une « dernière chose à ajoutée » après avoir présenté le Chthulucène pendant plus d’une demie-heure, Haraway déclare :

J’aimerais revenir à l’urgence de penser et de cultiver ce qui trouble notre époque. Non pas sur un mode qui vise à pousser ou à convaincre, mais un mode qui dit à la fois la joie et la terreur qui y sont impliquées. Je suis obsédée par cette idée que la partie serait terminée, que rien ne pourrait plus être fait. Dire la vérité au contraire, c’est parler d’opportunisme et de choses en train de se faire, c’est retrouver les mots pour dire le devenir de ces mondes-là. Ne pas accepter d’être rendus bêtes par la notion linéaire de passé-présent-futur comme si nous ne pouvions pas refaire nos temps. Je sens une montée de puissance. Nous sommes capables de vivre et de mourir correctement sur cette planète. Évoquer la continuité (to evoke the ongoingness) et non pas seulement le côté terrible de ce qui nous arrive.

Donna Haraway, « Anthropocene vs. Worldings in the Chthulucène« , conférence donnée au colloque Os mil nomes Gaia. Do antropoceno a idade de Terra, organisée par Juliana Fausto, Eduardo Viveiros de Castro et Deborah Danowski à São Paulo le 18 septembre 2014. Citation entre 30 s et 34 min 30 s (consultable sur Internet).

Citation tirée du livre Habiter le trouble avec Donna Haraway, Éditions Dehors p. 98-99

C’est moi qui surligne.