Lucie Marchand, artiste visuelle | Prisme-écran, 1985
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Prisme-écran, 1985 Catégorie: Installation, Photographie

Prisme-écran, 1985
Installation photographique

Exposée à la Galerie SKOL, Montréal (Québec) du 19 février au 2mars 1985 et à OBSCURE, Québec (Québec) du 28 mars au 15 avril 1985

Prisme debout formé d’une armature tubulaire en acier sur lesquels sont tendus des plastiques et des tissus dont les qualités varient de la transparence vers l’opacité. Chaque face du prisme est de la dimension d’une diapositive projetée de 9 pieds de haut. Sur deux côtés du prisme est projetée une série de diapositives. Sur le troisième est cousue la silhouette d’une ombre humaine.

Mise en scène de la séduction photographique; lumières, couleurs chaude et froide projetées sur un prisme voilé dans une salle sombre. Simulant les propriétés du négatif transparent et l’opacité de l’écran, le prisme reçoit deux séries d’images qui interrogent leur réalité. Ainsi des passagers à l’intérieur du métro (instant répétitif d’un continuum espace-temps) s’additionne à l’écran de plastique transparent et réfléchissant. L’écran tranlsucide, quant à lui, reçoit des paysages d’horizon de mer (morceaux d’espace-temps infini) projetés à la verticale. Pénétrant les matières du prisme, elles se rencontrent sur la silhouette d’ombre humaine cousue et fixée sur la surface opaque du prisme. Cette multiplicité est enchérie par la succession des images des diaporamas ; la projection initiale photographiée puis rephotographiée avec un spectateur devant puis avec l’ombre d’un spectateur.

L’ombre du spectateur vient compléter et magnifier le jeu. Elle rend l’opacité transparente et laisse mieux voir l’intérieur du prisme à travers elle. Par son déplacement, le spectateur fait bouger le voile de soie disposé à cet égard sur l’écran translucide. Un interstice ; une suture verticale légèrement espacée et volontairement inscrite sur cette surface du prisme est alors découverte et prend toute sa signification; celle d’ouvrir sur la création qui se continue.

On entend la résonance de l’arrivée d’une rame de métro qui s’enchaîne en boucle avec  le son de la chute d’une vague.

Ombre : Mise en scène de l’ombre dans la lumière projetée de la photographie

La poésie m’apparaît donc comme le langage de la fulgurance, voir de l’invisible ; la cristallisation impossible d’un mouvement qui ne trouve pas de repos, qui ne se ferme pas, bref qui ne revient pas à l’immobile. (…) Ainsi le poème devient de la Fulgurance à l’état pur, mais une fulgurance se décomposant dans la richesse des éléments uns et divers qui la constituent, pour se recréer dans le silence même de dévoilement. Au début j’accueille le choc de l’incommunicable, lequel est « désorganisé » dans le prisme du communicable : la parole ; pour redevenir le faisceau qui me brûle, mais faisceau tendu qui veut se communiquer, se révéler dans un objet unique, tissé par les mots.

FERNAND OUELLETTE, Poésie, l’Hexagone, p. 263-264

Le passage fulgurant d’un signe à l’autre, qui n’est d’aucun ordre du réel, pose la photographie, qui passe hors-temps d’un sujet réel, comme paradigme d’une impossible suturation d’un plan à l’autre du réel…Ainsi la lumière devance toujours l’acte de photographier, et la photographie est là pour produire une suture.

CLAUDE PARÉ, Extraits d’un essai sur l’oeuvre