Lucie Marchand, artiste visuelle | L’expérience d’être là
2024
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L’expérience d’être là

Plus que la trace, l’indice, plus que l’ombre, plus que le reflet, plus que le ça a été, plus que la magie de son apparition, l’oeuvre Ombres portées Casting Shadows est tout cela. Elle me sert à représenter l’expérience d’être là de mes multiples dérives contemplatives de cette berge qui me transporte dans une sorte d’intemporalité dans le sens d’un temps présent infini depuis le début de la photosynthèse. Je cherche à ramener au présent cette expérience au regard du spectateur qui en devient une nouvelle. Je veux transporter le spectateur derrière la caméra, vers cette expérience d’avant l’oeuvre. Celle qui m’a incité à commettre la photographie dont la nature de l’instant contredit ce vouloir. Tout le cheminement de cette création est lié à ce paradoxe. C’est pourquoi j’utilise l’animation en dérive du fixe, l’encart de vidéo dans la dérive et finalement l’animation d’un personnage dans la vidéo finale.

D’abord photographique Totem, je me rends compte que je photographie une photo et que toute l’expérience intemporelle du paysage se rapporte à celle d’une photographie.

Temporalité de la photographie telle que décrite par Jean-Christophe Bailly 1 «  […] Dans l’image réalisée, manifestée, fixe, ce que l’on voit ce n’est pas le temps aboli, c’est un souvenir du temps qui se déploie comme un présage.»

Je réalise des tableaux animés immatériels. Leur présentation finale est éphémère.

La juxtaposition d’images forme le panorama, puis il défile, puis vient l’apparition et la disparition d’encarts vidéo en fondu, puis qui dominent pour un temps. Enfin, la nageuse animée qui ajoute à la magie, mais aussi nous fait voir que tout cela n’est qu’un château de cartes et qui nous ramène à cette expérience du réel fugitif d’avant la photographie. Celle qui fait aussi vivre mon cheminement, mon jeu de création. Voilà pour la version monobande.

La présentation en projection installative est aussi éphémère. Magnifiée par l’échelle du lieu de projection; idéalement du plancher au plafond ou sur un écran suspendu à l’échelle d’une ombre humaine qui passe dans le faisceau, passage fugitif, aperçu dans l’oeuvre. Avec des postes de contemplation. Je songe aussi au passage de l’ombre d’une nageuse…

Il me faut des silences visuels et sonores.

1. dans son livre L’instant et son ombre, il réfère alors à l’oeuvre de Douglas Gordon, 24 Hour Psycho, p56-57.